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14.05.2012

Vive la science !

J'ai interrogé une des filles de mes voisins à Lembrusquière, Adeline. Il se trouve qu'elle est ingénieur-géologue, et ses remarques sur les différents calcaires qu'on rencontre par ici sont formidablement intéressantes :

Ainsi elle nous apprend que "le calcaire qui affleure au Tour est micritique, de micrite, qui veut dire boue carbonatée."

Allons voir la définition chez Wikipedia :

[La micrite est une boue carbonatée très finement cristallisée (cristaux de calcite < à 4 µm) qui contient parfois des micro-débris d'organismes, de particules argileuses, des oxydes et hydroxydes, des sulfates et des sulfures.

La micrite est trop fine pour pouvoir distinguer les cristaux à l'œil nu. Elle forme une pâte fine isotrope, à cassure mate, souvent esquilleuse (calcaire lithographiques ou sublithographiques des anciens auteurs). Au microscope, elle se présente comme une pâte sombre plus ou moins uniforme.]

Adeline ajoute : "La micrite est effectivement un calcaire plus dur, moins poreux et moins perméable, donc je pense aussi que la taille de la pierre est plus difficile à faire. Le calcaire micritique du Tour est d'âge Bathonien, plus riche en argile (c'est la boue du départ, déposée et sédimentée) qui donne effectivement cette coloration bleutée. Il existe différentes micrites, suivant les composants de la roche (plus de Mg, de Fe, .....), ie. la composition de la boue de départ.

Le calcaire qui affleure à Lambrusquière est aussi un calcaire micritique, mais avec des éléments différents, il date de l'Hettangien."

Voici donc les conclusions qu'en toute modestie je puis en tirer : la chaux résultant de la cuission du calcaire du Tour serait hydraulique, à savoir que sa teneur en argile lui donne comme propriété de "tirer" avec l'eau, à la manière d'un ciment ou de tout autre liant hydraulique (plâtre, bétons...) Issue de la cuisson du calcaire de Lembrusquière, on obtiendrait une chaux aérienne, de par l'absence d'argiles ou du fait de leur présence en infime quantité. La chaux aérienne "tire" avec le CO2 de l'air, qu'elle emmagasine jusqu'à carbonatation – le principe qui veut que la chaux redevienne le calcaire de ses origines et, mêlé à des sables et/ou à de la terre, devienne avec le temps un mortier à la fois solide et aux propriétés équivalentes aux pierres qu'il a servi à dresser (c'est très long, il faut compter un an par centimètre de mortier pour arriver au terme de la carbonatation.)

Les chaux ont comme avantages de laisser leur support "respirer", tout en l'imperméabilisant. L'humidité est évacuée et les échanges gazeux sont permis à l'intérieur des murs, de l'intérieur vers l'extérieur, selon une différence à peine sensible de pression atmosphérique. L'habitat est donc plus sain et, quand on connaît la tendance des murs de pierre à "bouger", s'affaisser ou se désolidariser, on comprendra qu'un mortier plus dur que la pierre qu'il scelle aura tendance à se fendre, à fissurer. Là où la chaux "accompagnera" les mouvements de la maison sans rompre.  

La chaux aérienne est idéale pour enduire, en fines couches, et son blanc incomparable permet de profiter des couleurs du sable ou de la terre qu'on emploit. L'hydraulique, plus solide, sera utilisée en extérieur, dans la confection d'ouvrages de maçonnerie de pierres ou de briques, pour rejointoyer une façade ou enduire une cave humide (où l'aérienne aura bien du mal à tirer.) Pour info, un mortier de chaux aérienne à l'abris de l'air se conserve indéfiniment (par exemple au fond d'un seau et recouvert d'un peu d'eau – pas d'air, pas de prise !)

Voici quelques photos de ce que l'emploi de ces différentes chaux permet – À Lembrusquière.

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Enduit à la chaux aérienne et pierres rejointoyées avec un mortier identique (intérieur).

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Détail d'un enduit centenaire à la chaux aérienne (extérieur).

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Mur rejointoyé de frais à la chaux hydraulique (extérieur).

La Vie au Hameau : Lembrusquière/Le Tour, deux destins scellés par la peste de 1629

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Lembrusquière

Ces deux hameaux voisins d'Arrigas, à la différence de Vernes et Saint-Georges dont on peut considérer que l'un est un peu l'extension de l'autre, n'ont de cesse de mettre en évidence similitudes et oppositions. Lembrusquière est à mi-hauteur sur les flancs de La Tessonne, alors que Le Tour est posé sur son sommet ; Lembrusquière est peuplé d'une vingtaine d'habitants, Le Tour déserté depuis 60 ans ; le calcaire de Lembrusquière est clair, légèrement jaunâtre, celui du Tour bleu et brillant comme le marbre. Pour ce qui les rapproche, on ne peut profiter du site du Tour et de la vue incomparable qu'il offre sans passer par Lembrusquière, à l'assaut d'un sentier redoutablement escarpé. Mais ce n'est là qu'un des nombreux liens qui existe entre les deux hameaux...

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Le hameau du Tour se gagne au terme d'un sentier sinueux à la déclivité déconcertante. Étant donné que Lembrusquière est un cul-de-sac que peu osent emprunter, voici l'itinéraire pour découvrir les deux hameaux. Sur la route du Vigan à Alzon, passé Arre, il faut prendre la route sur la gauche qui grimpe sur la Tessonne 50 mètres avant le lieu-dit des Trois Ponts. Là, passées quelques épingles, on découvre finalement le premier hameau, invisible depuis la route. L'endroit séduit immédiatement pour la vue qu'il propose, un panorama saisissant du Saint-Guiral au rocher d'Esparon. Les environs rappellent l'activité liée aux vignobles et arbres fruitiers (prunes et cerises célèbres en leur temps en Cévennes). Ensuite, pour atteindre Le Tour, il faut traverser le hameau. Le deux ruelles se rejoignent avant de quitter les habitations et de sauter dans une végétation assez proche de la garrigue (arbustes épineux, ras) et caussenarde (buis, chèvrefeuilles, chênes pubescents et pins). Bordé de pierres sèches, le sentier se sépare en deux parcours : vers Le Crouzet et Estelle, à l'Ouest, à flanc de falaise vers Le Tour, au sud. 

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Détail d'un escalier en pierres : chez madame Monin, à Lembrusquière, la marche est réalisée en calcaire des environs et les pierres du socle, clairement bleues, proviennent du Tour. À noter, l'immense aire à dépiquer le grain est de cette couleur. Après l'averse, ses reflets lui donnent l'aspect d'un miroir.

 

 

Arrivé au Tour, le sortilège de la matière impose ses effets : est-ce l'altitude, sous les nuages du ciel, qui confère à la pierre cette teinte bleuté ? À moins qu'il ne s'agisse de la présence d'argile que rappelle la présence des lavognes... Plus bas, à Lembrusquière, de vastes parcelles étaient réservées à la vigne (le nom même de Lambrusque, la vigne retournée à l'état sauvage, est une des origines du hameau – une autre thèse, selon l'orthographe que l'on rencontre parfois, L'Embrusquière, évoque plutôt la possibilité d'embuscade que permet son isolement et sa discrétion.) Au tour, le soleil s'invitant de bonne heure et ne partant que très tard, on préférait dédier le sol aux céréales. On sait que Lembrusquière a compté jusqu'à 120 âmes. Le Tour, après la peste de 1629, est déserté. Vers 1850 une seule vieille dame l'habite. Cette épidémie aura scellé le destins des deux hameaux.

En 1629, la peste frappe Le Tour. Étrangement, Lembrusquière est épargné... Le matin, on crie depuis les rochers du Tour le nom de deux qui sont morts pendant la nuit. De Lembrusquière, on relaye les informations à la mairie d'Arrigas. Un matin, personne n'annonce de nom. On sait que la peste a tué le dernier du Tour, décimant son entière population. On n'y remettra pas les pieds avant plusieurs années. En contrebas, au bout d'un champ, est encore visible le cimetière des pestiférés.

Line Monin, la mémoire du Tour

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Line est la dernière née du Tour. Lembrusquiéroise de nombreuses années, elle y revient régulièrement avec sa fille. « Je suis née au Tour en 1928. Mon père a acheté à Lembrusquière et nous sommes venus ici, laissant mes grand-parents sur le causse. » Sa famille, les Ginieis, est issue du Tour même, il y a plus de 200 ans. « Dans les années 20 il y avait là-haut 4 habitants. » Son père, le fameux « apletchaïre », ou charron de Lembrusquière, achète la bâtisse qui sert d'école aux enfants des hameaux voisins. On fait la classe contre la maison où grandit Line et son frère Charles. « C'est sûrement pour ça que ma fille est devenue institutrice » admet Line. « Nous étions une douzaine d'enfants. En 1939 un maître d'école est venu et puis il a été appelé à la guerre. C'est cette année-là que l'école a fermé définitivement. Pour autant, la salle devenue un salon, nous avons continué de l'appeler l'école : on va manger à l'école, passons à l'école... »

Lembrusquière est peuplé d'une vingtaine d'habitants à l'année et compte de nombreuses résidences secondaires. Un couple passe ses étés au Tour, déserté le reste du temps. On y mène une existence spartiate, sans eau courante, à la manière où l'on y vivait quand Line y est née.

08.05.2012

Derrière le rideau de fumée...

Une erreur s'est glissée dans la version papier de mon reportage sur Le Bruel, paru lundi. Je mets ceci sous le coup de l'effervescence des élections et je précise que ça n'est pas très grave. Pour autant, familier des vallées du Souls et du Coudoulous, je ne tiens pas à passer pour un excentrique auprès des anciens qui risquent de penser que j'avais la tête ailleurs ou le Diable sait quoi.

J'ai écrit que la chaux utilisée dans la construction des bâtiments du Bruel avait été cuite dans le four du Rouquet, à Aulas (c'est en face du col de Carniù pour ceux qui connaissent – cette chaux a été utilisée dans toute la vallée). Ensuite, j'ai avancé l'hypothèse que les tuiles du hameau avaient probablement été confectionnées non loin du site. En effet, une briqueterie à Avèze a cuit quantité de terre cuite jusqu'au XXème siècle (jai trouvé dans mon jardin des petites briques pleines estampillées AVEZE, particulièrement solides – elles conféraient un brin de 19ème et un air de révolution industrielle aux linteaux et encadrements d'ouvertures de bien des mas et fermes cévenols rénovés avant 1900). 

Allez comprendre ce qui s'est passé mais le titre de ce paragraphe (version papier) prétend que les tuiles du Bruel ont été cuites dans le four du "Rouget" d'Aulas... Comme je le disais, ça n'est pas grave mais ça n'est pas exact. 

Ceci mis à part, je suis ravi de vous annoncer que, contrairement à mes plans, je vais "sauter" du Bruel au hameau du Tour, au-dessus de Lembrusquière sur le bord du Causse. Ravi, parce que la dernière née du Tour et sa mère sont à côté de chez moi jusqu'à dimanche et vont pouvoir témoigner sur ce lieu époustouflant. Après quoi je reprendrai mon chemin où je l'ai laissé cette semaine et remonterai le Souls vers Serre.

07.05.2012

La Vie au Hameau : L'Oasis du Bruel

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Ils sont nombreux, ces Cévenols, à se gratter la tête quand on leur demande si ils ont déjà mis un pied au Bruel. « C'est à Mars ? Au-dessus de Mandagout ? Derrière Saint-Bresson ? » La preuve que le hameau de Bréau se fait discret. Car à vrai dire, il ne se montre qu'avec retenue, lorsqu'on emprunte la route du bourg centre de la commune, depuis les Plans d'Aulas jusqu'à Mars ou Salagosse. Là, blotti sous d'épaisses frondaisons, Le Bruel étire ses toitures pour les chauffer au soleil. Une de ses résidentes nous ouvre les portes de cette oasis viganaise.

Le Bruel est donc l'un des plus vieux hameaux de la vallée du Souls. Propriété quasi intégrale d'une riche famille protestante, les Mazel, le hameau est un havre de la polyculture. On y entretient des vergers (pommiers et cerisiers), y maintient un maraîchage varié, y élève brebis et chèvres, y récolte olives et raisin et, probablement dès le 18ème siècle, y consacre la partie la plus élevée des habitations à la sériciculture (élevage des vers à soie). 

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Le Bruel se trouve sur une large veine de schiste, ce qui lui confère une végétation particulièrement typique du paysage cévenol (châtaigniers, ormes, tilleuls, noisetiers, quelques résineux et chênes verts), et lui permet de produire des cèbes singulièrement douces. Une source, à 600 mètres de distance pour un dénivelé de 80 mètres environ, a longtemps alimenté les habitants et, alors qu'aujourd'hui l'eau de la ville court d'une maison à l'autre, la source continue de permettre aux légumes de sortir de terre dans les deux jardins principaux du hameau. 

Bâties en schiste sombre et ferrugineux couplées à des galets de granite roulés par le Souls, les habitations du Bruel permettent de comprendre une notion que le XXIe siècle soutient avoir inventée : le développement durable. Effectivement, et en Cévennes plus qu'ailleurs, ce principe de développement sociétal et écologique imposé par le relief, la profusion ou l'absence de certains matériaux de construction démontre que l'on était « écolo » avant que ce principe ne devienne un courant de pensée. 

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Ainsi, dans la composition d'une maison du Bruel on trouve des fustes (poutres) en châtaigniers coupées sur place, des montants de portes, fenêtres, linteaux, voûtes et encadrements en granite de rivière taillé, des pans de mur en schiste prélevé au pied même des futures constructions, un sable sorti du Souls même (en contrebas) et un liant, la chaux, cuite dans les fours du Rouqet sur la commune voisine d'Aulas – fours qui auront alimenté toute la vallée du Coudoulous, des Plans à Pratcoustals. Restent les tuiles romaines, dont on peut supposer qu'elles n'ont pas fait beaucoup de kilomètres avant de monter sur les toits du Bruel : à Avèze, au début du 20ème siècle encore, on cuit quantité de terre cuite dans une briqueterie. 

 

Annie Rodriguez, la foi et la politique

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Annie nous reçoit dans la maison où elle et sa sœur sont nées. Fille de Fernand Arbus, « sacougnié » de Mandagout marié à une fille Puech du Bruel, Annie est un pur condensé de l'engagement cévenol comme on a tendance à le concevoir : une foi aussi protestante que socialiste. Fille d'un parpaillot communiste, mariée elle-même à un fils de réfugié anarchiste espagnol, Annie établit un lien puissant entre l'ascèse de sa spiritualité et ses convictions sociales et économiques progressistes. Professeur de sciences à la retraite, elle est revenue au Bruel d'où elle entend ne plus partir. « J'ai enseigné à Lunel. À 60 ans, retraitée, veuve, je suis revenue ici où je fais la paysanne. » Ses vastes connaissances universitaires, adossées à de solides traditions locales, lui permettent d'entretenir un jardin somptueux, dont les légumes sont réputés parmi les chanceux qui ont dîné à sa table. « Ici nous sommes à l'adret [NDLR : face au soleil], je passe l'hiver à préparer la terre, à l'enrichir avant de planter. » Une occupation qu'elle résume avec humilité et sagesse : « Le jardinage, c'est la contrainte qui me libère. »

Peuplé de vacanciers toulousains et parisiens, Le Bruel est habité à l'année par 7 personnes, dont 3 actifs et 4 retraités. On compte parmi eux l'historienne locale incontournable Hélène Guillaume et sa mère, doyenne de la vallée.

La semaine prochaine, Le Tour.

06.05.2012

Une ronde des hameaux sportive et culturelle

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Accueillies par Lucile (au centre), les premières participantes se ravitaillent à Lembrusquière

 

Pour cette première édition de la Ronde des hameaux d'Arrigas, huit circuits de difficulté croissante étaient proposés. Au total, dix-huit équipes inscrites pour cinquante-cinq participants se sont retrouvés, en provenance de la commune et d'Aumessas notamment, mais aussi du reste du Pays Viganais et de Montpellier, Aix-en-Provence et Marseille.

Pour les organisateurs qui réalisent là une première, et qui plus est dans un contexte météorologique qui, bien que favorable le jour-même, était franchement épouvantable les jours précédents, il s'agit d'un relatif succès. La peur de la pluie ayant certainement dissuadé nombre de participants.

On rencontre également une grande satisfaction exprimée par les participants qui insistent pour renouveler l'expérience l'année prochaine – grand intérêt en particulier pour les fiches histoire et patrimoine sur les hameaux, écrites par le prieur d'Entraygues, un érudit du dix-huitième siècle que l'on a longtemps maintenu dans son rôle pleinement assumé de sacristain paillard avant de le reconnaître comme le véritable dépositaire de l'histoire locale et de le réhabiliter sous la Troisième République. Cette base de données devrait être complétée l'année prochaine d'éléments géologiques et environnementaux, grâce à la participation active de deux scientifiques chercheurs habitant la commune : Eric Imbert (université Montpellier II) et Christophe Proisy (docteur en télédétection spatiale de la biosphère).

A noter le travail considérable de balisage de Jean-Louis Laborde, de l'association  Pays viganais endurance nature,  qu'il a du effectuer sous des trombes d'eau et pour son expérience et son apport organisationnel irremplaçable.

 Une réunion de bilan est prévue début juin, avant une prochaine édition en 2013.

30.04.2012

La Vie au Hameau : La Parabole de Pratcoustals

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Pratcoustals (prononcez Précoustals à la cévenole), c'est d'abord l'histoire d'un hameau de granite qui fait front à la lumière du Sud depuis les hauteurs d'Aulas et Arphy. Peuplé de 70 habitants à la fin du XIXème siècle, muni d'une école, d'un bistrot et de son propre bureau de vote, le hameau est connu partout pour celles qui constituent le gros de sa population : les chèvres. Là-haut, à 700 mètres d'altitude, la vie peut-être particulièrement rude. On y ressent les assauts du « Marin » avec une force incomparable. Non loin de là, le Mas de Trépadou, dont l'étymologie semble prendre racine dans les nombreux pièges à loups de ses abords, rappelle également que les lieux sont hostiles. Un document du XIIIème siècle atteste que le seigneur d'Hyerle, non seulement autorisait ses serfs à organiser des battues contre les loups et les ours, mais semblait aussi les y pousser pour assurer la sécurité de ses terres.

À la mort de Julien Reilhan, aux alentours des années 1980, le hameau ne compte plus de natifs. La principale présence humaine est alors celle des Compagnons du Cap, une association qui « a pour but de promouvoir, soutenir et favoriser les œuvres d'éducation populaire », à travers « des chantiers retenus pour leur caractère social et culturel. » Le hameau, endommagé par les ans, est lentement restauré. Inhabité, plus fascinant que jamais étant donné que les bâtiments rénovés semblent attendre leurs nouveaux occupants, Pratcoustals va rentrer dans le chapitre de son histoire sans doute le moins glorieux.

Pendant trois ans, entre 2008 et 2011, Pratcoustals va être « squatté » par un groupe qui profite à la fois de son abandon et de son éloignement. La quarantaine de résidents, qui prétend à tort ou à raison que « la terre appartient à ceux qui la cultivent », en fondant sur le principe même de la propriété, ne va pas seulement s'illustrer par ses thèses originales. Au fil des mois, le hameau devient un dépotoir ; les théoriciens de la « terre pour tous » ne se montrent pas être foncièrement les vigoureux agriculteurs dont ils semblaient se revendiquer. Les forces de l'ordre à la rescousse ne parviendront pas à les déloger. La neige freinera leur ascension. Resserrés autour d'un véritable poste d'observation, les squatteurs vont finalement abandonner les lieux, sans violence, sans le moindre heurt, devant une population qu'ils croyaient acquis à leur cause mais qui, malgré le bénéfice du doute originel, a fini par perdre tout espoir en leurs projets fantasques.

La symbolique de cette histoire, à la manière de la parabole biblique porteuse à la fois d'une morale et d'une philosophie constructives, se situe sans doute dans le fait que quand on va à l'encontre des choses, quand on réfute à la fois traditions, sagesse, labeur et peine, les obstacles restent infranchissables. Aujourd'hui, comme nous le montre notre témoin, Pratcoustals est en passe de renouer avec sa véritable nature.

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Françis Maurin est le président de « La Chanson qui Dérange ». Conseiller municipal d'Arphy, vigie de Trépadou, il est le descendant d'une famille du hameau. « À l'âge d'un an, en 1948, j'ai habité Pratcoustals. Six mois de l'année nous y restions, et les six autres mois nous descendions à Aulas. » Seul enfant du hameau jusqu'à l'âge de 8 ans, il va grandir au cœur d'une éducation paysanne et traditionnelle. « La vie était très commune, nous vivions tous ensemble, organisions des veillées, grillions des châtaignes et buvions le clinton local. Je me souviens qu'il n'y avait pas d'argent. Les gens n'avaient aucun frais, ils achetaient seulement sucre, sel et café, le samedi matin à Aulas. » Il nous dévoile la clef de l'avenir de Pratcoustals :« La mairie d'Arphy, qui possède 12 des 16 bâtisses du hameau, va construire une chèvrerie et mettre un gîte en gérance. La chambre d'agriculture nous cherche actuellement un chevrier. Le hameau va revivre, sera à nouveau entretenu. La boucle est bouclée. »

Aujourd'hui, seulement 4 foyers sont habités. La population, non agricole, est faite d'actifs du bassin viganais.

 

La semaine prochaine: Le Bruel (Bréau et Salagosse)

27.04.2012

Ronde des hameaux d'Arrigas

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Les organisateurs, devant le hameau de Lembrusquière

 

C'est un parallèle amusant. Alors que Midi Libre visite chaque semaine un hameau du Pays Viganais pour sa rubrique La Vie au hameau,  la commune d'Arrigas se lance dans une aventure assez similaire avec la découverte à la fois sportive et culturelle du vaste habitat traditionnel que constituent les nombreux écarts, hameaux et lieu-dits d'Arrigas. 

La commune d'Arrigas située sur le canton d'Alzon, est une des communes les plus variées des Cévennes : son vaste territoire de 2 000 hectares s'étend du Causse de Blandas aux pentes du Saint-Guiral et englobe quantité de vallées traditionnelles, de cols célèbres (L'Homme mort), rivières et vestiges historiques. Le nombre de hameaux qui composent la commune est particulièrement élevé, certain étant d'ailleurs fréquemment visités pour leur état de conservation et leur charmes inimitables. Ainsi Vernes (voir Midi Libre du 13 février dernier), Saint-Georges, Peyraube, Blanquefort, Le Villaret, Estelle, Le Crouzet, Lembrusquière, Les Trois Ponts, La Bruyère et La Fabrègue sont en tête d'affiche de cette première ronde des hameaux.

Le but de la ronde est double, comme l'explique Jean-Louis Laborde, co-organisateur à qui l'on doit notamment le Trail aux étoiles que mène avec succès son association Endurance nature :  « Il s'agit de proposer une journée sportive, adaptée à tous les niveaux d'endurance, et de parcourir et découvrir les sentiers de pierres sèches récemment classés au patrimoine mondial de l'Unesco. » Le professeur d'éducation physique et sportive qui a fait transpirer toute une génération de jeunes Cévenols n'oublie pas que devant l'effort, il n'y a qu'une relative égalité. « Nous avons pensé plusieurs circuits possibles, selon différents niveaux et motivations. Les distances et les dénivelés des différents circuits sont très variables. »

La municipalité, associée à cette ronde et qui espère bien en faire une manifestation récurrente, a choisi d'agrémenter la visite d'une exposition dédiée à son habitat épars et à son riche héritage vernaculaire. Le maire, Régis Bayle, le détaille :  « En fin de parcours nous présenterons l'histoire des hameaux, leurs caractéristiques propres, le mode de vie qu'ils ont maintenu et l'héritage colossal qu'ils nous laissent quant à la vie cévenole et caussenarde d'autrefois, qui tendrait aujourd'hui à disparaître si l'on n'y veillait pas. »

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Rendez-vous samedi 28 avril à partir de 8 h 30, accueil en mairie, café et gâteaux et choix des circuits ; de 9 heures à 9 h 30, les départs seront échelonnés ; entre 13 heures et 13 h 30,  apéritif offert par la mairie, exposition dédiée au hameaux ; à 13 h 30,  repas en commun tiré du sac. Les organisateurs rappellent de s'équiper de chaussures adaptées, de vêtement de pluie légers et d'un petit sac à dos permettant d'emporter boisson et petits en-cas.

À noter : pour un marcheur de niveau intermédiaire, la promenade qui relie Le Crouzet à Lembrusquière offre une vue sans égale sur le massif du Lingas et les sommets d'Arrigas et Aumessas (enneigés en ce moment même).