19.01.2010
Lames du Pays viganais
Il est un des «anciens Well», un de ces employés qui sentait peser sur ses épaules l’accumulation de plans sociaux et qui a préféré préparer sa reconversion. Claude Giraud, ex-technicien de maintenance, est aujourd’hui coutelier d’art chez lui, à Bréau et Salagosse. Lors de la visite de son atelier, au milieu des matières et essences les plus variées, il nous présente son fleuron et l’un de ses modèles les plus aboutis : le «Viganais», ou un couteau unique, plein de caractère, qui doit son existence à l’inspiration que représentent pour Claude Giraud les Cévennes. Rencontre.

C’est un couteau robuste, stylé, plein d’élégance et accompagné d’un brin de rusticité qui fait de lui un véritable emblème cévenol. Le «Viganais», inspiré à son créateur par certains couteaux corses très typiques, est une création unique et originale. «Il y a un vrai rapprochement entre les Cévennes et la Corse ; en m’inspirant de leurs couteaux j’ai créé celui-ci, qui y ressemble mais qui est vraiment le couteau du Pays viganais.» Si on peut parler d’emblème, c’est bien par la variété des aspects du couteau plus que par son image traditionnelle d’arme blanche. Le couteau d’art, associant les utilités diverses d’un tranchant «de poche», est surtout une merveille d’artisanat, alliant plusieurs techniques de métallurgie à l’art pur et simple.

En haut, 3 "Viganais".
Parti quatre mois en formation professionnelle à Thiers, la capitale du couteau, Claude Giraud y a perfectionné sa pratique et ses connaissances. Mais, à découvrir sa collection, il est clair qu’il avait déjà développé de sérieuses bases : «Je faisais des couteaux depuis 1995. Puis j’ai eu la chance d’apprendre avec Raymond Rosa, une des figures de Thiers.» Pointilleux, Claude Giraud estime encore que sa technique peut être développée. « L’idéal serait de pouvoir faire un couteau en une journée de travail.» Or, quand on connaît la minutie que requiert cette fabrication, on est en droit de se demander si c’est véritablement faisable !
La technique du «Damas» que maîtrise Claude Giraud, où les lames sont fabriquées à partir de lingots présentant des mélanges d’acier de différentes teneurs en carbone, permet des résultats surprenants. Des motifs ondulés, irréels, apparaissent sur toute la surface de la lame qui ont d’abord fait croire aux croisés francs qui les découvraient au Proche-Orient qu’elles étaient magiques. De plus, cette technique offre à la lame un tranchant très affuté et durable, dû à la dureté de cet acier.

Le détail d'une lame "Madras".
Puisqu’il estime que le couteau d’art ne permet pas de vivre des fruits de son travail, Claude Giraud a décidé de se lancer dans la fabrication semi-industrielle, où à partir d’un prototype réalisé par ses soins, une société peut le reproduire en grande quantité et à faible coûts. Dans ce cadre-là de travail, le coutelier se fait alors créateur et designer, et ses produits sont disponibles sur les étals de coutelleries à moins de cent euros. Bien entendu pour les véritables amateurs, les collectionneurs ou les clients à la recherche d’un modèle fabriqué selon leurs goûts et exigences, Claude Giraud imagine et réalise des oeuvres uniques, véritables «couteaux d’art».
La SARL Coutellerie d’Art Claude Giraud est basée à Bréau & Salagosse, et est visible sur internet à l’adresse www.couteauxgiraud.fr
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18.01.2010
Les voeux du maire du Vigan
C’est par le constat d’une situation nationale et internationale critique que débutaient les voeux du maire, Eric Doulcier, dans la salle du Cantou devant élus, acteurs de la vie publique et citoyens. Mise à mal par 24 heures de pluies diluviennes, une partie de la population était venue écouter le premier magistrat viganais pour un bilan de l’année écoulée et pour découvrir l’horizon 2010 de projets en cours ou en passe de démarrer.

Pour les projets accomplis pendant l’année 2009, le maire a salué la mutation du CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) en CIAS (Centre Intercommunal), «tant il y a de besoins à satisfaire sur tout le territoire» selon lui. En effet, le changement de statut de cette structure, désormais sous l’égide de la Communauté de Communes, devrait permettre une équité plus grande sur toutes les Cévennes viganaises quant à l’aide apportée et au traitement de dossiers dans leur ensemble. Un élu viganais, Jacques Gutierrez, est en charge du CIAS à travers son mandat de vice-président à la CDC pour l’action sociale.
Pour l’année 2010, ce sera l’aboutissement du FISAC (Fonds d’intervention pour les services, l’artisanat et le commerce), que la mairie met en oeuvre avec la CDC et qui aura pour but de repenser harmonieusement le centre ville dans ses accès, ses espaces verts et la réfection de ses ruelles. C’est d’ailleurs grâce à ces «synergies» entre la municipalité et l’intercommunalité à laquelle elle appartient que bien des projets seront portés dès cette année. Le débusage du ruisseau Le Coularou, pour endiguer d’éventuels risques d’inondations, associé à la maison de la formation du Pays viganais réalisée par la CDC, auront pour effets de redynamiser le quartier d’Arennes. Le site accueillera également le futur magasin LIDL. C’est, d’après Eric Doulcier, ce genre de projets communs qui «feront gagner [la] ville et [le] territoire.»

Le site internet de la mairie, comme le rappelait le maire, est accessible à l’adresse www.levigan.fr et il constitue un «trait d’union précieux» entre la municipalité et sa population.
07:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.01.2010
Molières-Cavaillac
La cérémonie des voeux de l’équipe municipale à Molières-Cavaillac revêt plus un aspect familial et informel qu’un traditionnel discours. La raison, selon Mr. Canayer, maire et conseiller général, est qu’il «ne faut pas lasser la population.» D’où une formule conviviale où les habitants du village se retrouvent en compagnie de leur équipe municipale et d’acteurs de la vie publique du Pays viganais. Un apéritif, dans l’ancienne filature de la commune qui domine le bassin viganais et offre un point de vue remarquable, de la Luzette à la Tessone. L’échange des voeux reste individuel et personnel. Et puis c’est surtout l’occasion de se réunir en période hivernale, à l’heure où les crêtes sont blanchies par la neige et où le mercure se concentre au fond des thermomètres.

20:06 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Visite de la sénatrice au Vigan
Jusqu’à la visite de la sénatrice Françoise Laurent-Perrigot au Vigan, la réforme des collectivités territoriales n’avaient rencontré que l’opposition de certains élus et de conseils municipaux, qui s’étaient empressés de voter des motions d’opposition et de les faire remonter vers la capitale. Depuis les explications et les mises en garde de la sénatrice quant à la dite réforme, il est à prévoir qu’une partie de la population fera, elle aussi, connaître son mécontentement. Explications.

«On se fiche de nous, l’Etat veut faire des économies sur le dos des territoires qui sont le plus dans le besoin.» Cette phrase résume à peu de choses près le sentiment de la sénatrice ; sentiment partagé, lundi soir, par l’audience d’élus du Pays viganais venus écouter madame Laurent-Perrigot. Ces explications, qui concernent de prime abord les acteurs de la chose publique, n’ont pas pour l’heure soulevé d’émotion générale : la complexité, la diversité des termes et des dossiers en est très probablement la cause. Or, dans les faits, les conséquences de la réforme se feront sentir parmi la population, et parfois plus directement que beaucoup le croyaient. Une première raison de s’interroger quant aux finances publiques, à leurs provenances et à leur stabilité, est la suppression de la taxe professionnelle. La célèbre «TP», supprimée à compté du premier janvier 2010, et qui engendre la création d’autres sources de recettes pour les collectivité territoriales, dont cette dernière représentait environ 50 % des ressources.
La TP à la trappe, il faudra désormais compter avec la CET, ou Cotisation Economique Territoriale. Une taxe sur le foncier bâti laissée à l’arbitre des collectivités. À celle-ci viendra s’ajouter une cotisation sur la valeur ajoutée, fixée par l’Etat et ciblant les entreprises au chiffre d’affaire supérieur à 152 500 €. Pas de panique donc, si la TP peut être remplacée ou «compensée». Or, d’après la sénatrice, c’est «11 milliards d’euros qui vont manquer, ces deux taxes ne les compensant pas. La taxe carbone aurait réduit cet écart, mais elle vient d’être supprimée. Nous ne savons pas où nous allons !» Une solution, pour les collectivités territoriales, sera d’augmenter la «TA», ou taxe additionnelle, ou d’en programmer le régime. Mais, d’après madame Perrigot, «ce sont les ménages qui la supporteront, ce qui fait de la suppression de la TP une mesure néfaste et injuste.»
Si les finances restent en elles-mêmes un «gros morceau» de la réforme, celle-ci ne s’arrête pas là et annonce de profonds bouleversements jusque dans la représentativité des territoires et les modes scrutins. C’est le cas notamment avec l’apparition de conseillers territoriaux, siégeant à la fois au département et à la région. C’est aussi le cas avec le changement de la carte des cantons, dont on peut s’attendre selon la sénatrice à ce qu’il n’y en ait plus qu’un «qui englobe tout le territoire entre Sumène et Trèves malgré les très grandes distances.» Mais, et c’est peut-être le problème qui semble le moins facilement soluble, la re-découpe des intercommunalités devrait se baser sur un seuil minimum de population variable pour l’heure entre vingt et trente mille habitants. Pour informations, le Pays viganais compte onze mille habitants, l’Aigoual trois mille cinq-cent, Ganges et Sumène douze mille, La Vallée Borgne douze-cent, Cévennes Garrigues huit mille... Si, à l’horizon 2012 «les préfets ont toute latitude pour imposer les mariages qu’ils souhaitent à l’intercommunalité» comme l’avance la sénatrice Laurent-Perrigot, Il se pourrait bien qu’un seul territoire allant de Revens à Lasalle n’existe...

Pour finir, parmi toutes ces informations que venait apporter madame Laurent-Perrigot et qui sont pour elle autant de raisons de s’insurger, un détail pernicieux est visible qui pourrait éventuellement permettre de comprendre ce qui pousse l’Etat à cette réforme et à cette précipitation (une part importante de la réforme est programmée pour 2012). En effet, 80 % des futurs conseillers territoriaux seraient éligibles selon un scrutin à un tour. Une simulation, effectuée par plusieurs sénateurs avisés, démontre que si les dernières élections cantonales avaient été conduites selon le même mode de scrutin (au lieu de l’actuel scrutin majoritaire uninominal à deux tours), les résultats auraient été strictement l’inverse de ceux obtenus : en 2008, la gauche consolidait 58 présidences départementales contre la droite avec 44. Peut-on parler de réforme seule ou bien sommes-nous en droit d’interpréter ces indices différemment ?
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Mémoires de Sumène
Marceau Rouzies

Dernier né du «Bourrut», lieu dit de la commune entre Sumène et Ganges, Marceau Rouzies et l’une de ces figures incontournables dès lors que l’on est mu par une quête de mémoire. Parallèlement à ses souvenirs foisonnants qu’il aime remuer, l’homme à développé une philosophie de la vie qui lui est propre et qu’il partage généreusement. D’abord agriculteur, «en petites quantités» comme il aime à le préciser, il fut tour à tour chauffeur scolaire, éleveur et fossoyeur. Viticulteur qui a connu le déclin de cette activité alors prospère en basses-Cévennes, Marceau se souvient du vin fruité de Sumène, apprécié jusqu’en Russie et né du mélange atypique d’oeillades et de muscats qui lui donnait tout son arôme. Bercé par le balancier d’une pendule qui «marche depuis 1942» et qui remplit l’espace de sa cuisine d’un son sourd et régulier, Marceau évoque l’ancien Sumène, à l’époque où il y avait du travail pour tous. «Le vin engendrait une activité considérable : il fallait faire des piquets de vigne, il fallait travailler la terre, fabriquer des comportes, transporter le vin... Et puis après 60 nous avons été de moins en moins nombreux à produire, jusqu’à ce que tout ça disparaisse.» Ayant vu arriver à grands pas le progrès dont les Cévennes s’étaient passées jusqu’alors, Marceau Rouzies s’interroge aujourd’hui sur le sens des évolutions, sur leurs fondements et leur intérêt véritable : «Mon père avait l’habitude de nous dire que le progrès nous casserait la gueule. La seule chose que je sais, c’est que petit à petit il y a eu toujours moins de choses à faire.» Nous laissons Marceau à l’histoire et nous emportons de lui ses citations si particulières, «La vie c’est un tas d’histoires», ou «il y a un temps qui tourne et un temps qui détourne» — au sens plus obscur — et puis, celle qu’il «lâche» en gardant fièrement son sourire «avec l’âge il faut se soumettre.»
Hubert Bresson

L’horloger de la ville de Montpellier est un fils de Sumène. Hubert Bresson, dont l’érudition et le savoir-faire nous conduiraient presque à vouloir le conserver sous cloche tant l’appréhension de voir son art s’éteindre après lui est véritable, est un maître artisan. Compagnon horloger, il fait tout ce que son métier peut réclamer de lui et s’est penché sur l’histoire de sa profession jusqu’à en être devenu un conteur époustouflant. Au contact d’Hubert on apprend ainsi que les horloges ne sont arrivées en Cévennes qu’au 19ème siècle, notamment à cause de leurs prix particulièrement élevés à l’époque. Quelques premiers horlogers cévenols auront eu bien du mal à s’implanter et certains auront connu des destins tout à fait hors du commun : à la manière de cet horloger de Lasalle qui aura décidé de s’expatrier en Suisse pour travailler et qui aura fini pirate sur la lac de Genève.
Mais c’est quand on l’interroge sur la pratique du métier que le savoir d’Hubert se révèle étourdissant. Définissant pourquoi l’horlogerie est «une mécanique d’art», il expose plusieurs coqs de montres servant à protéger le balancier et qui, bien que l’utilisateur de la montre ne puisse jamais le voir, étaient jusqu’au 19ème détaillés à l’extrême et décorés comme les pièces les plus visibles. Toujours à ses côtés, on découvre que Voltaire, Rousseau et Beaumarchais avaient en commun leur formation initiale d’horloger. En charge des horloges du musée, de l’opéra, de la mairie et de la préfecture de Montpellier, Hubert confesse qu’ils ne seraient plus qu’une trentaine en France à pratiquer l’horlogerie monumentale. «La connaissance de la profession est sauve, explique-t-il ; elle est écrite, archivée, sauvegardée. Par contre, le tour de main se perd bel et bien.»
Gérard Bresson

Une des raisons pour lesquelles nous sommes fréquemment poussés à interroger les «mémoires» de nos cantons réside dans le fait que le présent semble contenir toujours moins les traces du passé qu’ils ou elles ont connu. Ces hommes et ces femmes qui ont vécu avant nous, avec lesquels nos anciens partagent des souvenirs communs, nous permettent de découvrir des Cévennes qui n’existent plus vraiment. Un des moyens pertinents d’interroger la mémoire de Sumène est de s’en référer à son plus célèbre commerçant : Gérard Bresson. Au fait de l’actualité jour après jour, au contact de la population tous les jours sa vie professionnelle durant, Gérard Bresson, boucher charcutier qui a participé à ce que les produits sumènois deviennent célèbres à Nîmes, a vu les changements transformer le visage de sa ville. Il se souvient, par exemple, du jour où «on a enlevé les rails.» Pour lui, «même si les trains de voyageurs ne passaient plus à Sumène depuis plusieurs années, ce jour-là, c’était acté : c’était la fin d’un service.» Le Sumène «historique» n’a pas été épargné par les évolutions qui ont marqué le territoire. «Beaucoup de choses ont changé, nous avons vu la population se renouveler, et puis, au gré des années, la plupart des commerces se sont fermés.» Au sujet de son activité, Gérard se souvient de l’époque où l’abattoir du Vigan était prêt à disparaître, menaçant la stabilité de toute une activité en Cévennes. «C’est Alain Journet qui a permis que ce drame n’arrive jamais. Les éleveurs auraient disparu et les bouchers aussi.» En effet, sur les étals de Gérard se trouvaient moutons, agneaux et chevreaux du canton de Sumène même, élevés au grand air et nourris par le sol cévenol. Une époque où 35 heures de travail étaient abattues en 2 journées de labeur, où les semaines commençaient le lundi matin à 2h30 et se terminaient le dimanche à midi...
Jean Cadoul

Il est l’homme des profondeurs, qui aura rampé dans toutes les grottes cévenoles et aura vu ce que peu d’entre nous peuvent même imaginer. Né en 1927, Jean Cadoul a fait ses armes dans une bonneterie sumènoise. Approchant l’âge d’or de l’adolescence, malheureusement devenu âge critique sous l’occupation, il lui faut «se planquer, éviter qu’on [le] voit trop...» Evidemment, c’est le travail obligatoire pour la grande machine de guerre allemande, les STO. Dès 15 ans les jeunes sont expatriés au pays de Siegfried pour nourrir l’industrie militaire. «J’ai travaillé quelques temps dans les bois, à l’écart.» Constat tragique, les jeunes partis en Allemagne reviennent, certains sont encore en vie alors que les anciens mineurs, embauchés pour ne pas avoir à laisser la France derrière eux, sont aujourd’hui tous morts, rattrapés par la silicose et des années d’un travail inhumain.
Après la guerre c’est l’usine, puis la maçonnerie. Mais sa passion remonte plus loin encore, à l’époque où un instituteur spéléologue amateur convertira à sa pratique plusieurs de ses élèves. D’où les connaissances de Jean, aussi bien «sur terre» que «dessous». Le Ranc de Bane, l’épine dorsale de Sumène que l’on voit presque des quatre coins du département, n’a plus de secrets pour lui. «Il y a un aven au sommet de la montagne, qui descend jusqu’au niveau de la rivière. Peu l’ont pratiqué, parce qu’il faut une bonne heure de marche pour atteindre le sommet.» Le sommet sumènois hébergerait une centaine de grottes et avens, certains inconnus. Mais, là-haut, c’est aussi l’un des derniers lieux où l’on peut trouver les restes de containers, parachutés par les alliés pour le maquis cévenol... Et l’étincelle vivace qui illumine les yeux bleus de Jean Cadoul démontre que des secrets comme ça, il en détient encore toute une cargaison...
Laurette Serra

C’est à une fille de Trèves que toute une génération de Sumènois et Sumènoises doivent leur instruction. Laurette Serra, derrière une modestie et une discrétion impénétrables, cache un engagement au quotidien pour ses prochains et sa communauté. Nommée pour son premier poste d’institutrice à Villemagne où elle enseignera dans le camp de Harkis de la mine, c’est au contact d’une population défavorisée qu’elle découvrira la vie professionnelle et la vocation qui restera sienne pour toujours. «Ça a été la plus belle expérience de ma vie, confie-t-elle.» Après un passage au Mazel, elle arrive à Sumène avec son mari, tous deux en charge de l’école publique. Là, démarrent 27 ans d’une carrière marquée d’un profond investissement, bien au-delà des fonctions d’enseignement. «Je voulais être une institutrice de campagne, le genre d’enseignant dont le travail ne s’arrête pas après la cloche.» Les efforts du couple Serra leur valent vite une promotion, avec la nomination à des postes de directeurs à Nîmes. «Nous avons refusé et notre hiérarchie nous a dit que nous n’avez pas d’ambition. Tout dépend de ce que l’on met derrière ce mot.» Parce qu’en termes d’ambition, pour Laurette, il s’agit de vivre au village, de participer à sa vie et d’y fonder une famille. C’est donc presque naturellement que son époux deviendra maire et qu’elle s’occupera du CCAS et de l’association Terre des enfants. Une vie couronnée d’un accomplissement peu commun, dont elle nous livre le secret: «J’ai enseigné à toute une génération. Aujourd’hui, quand je croise d’anciens élèves, même sans nous parler, il y a quelque chose qui se passe dans nos yeux, qui nous rappelle tout ce que nous avons échangé. Ça n’a pas de prix.»
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Mémoires du Haut-Canton
André Boudes, Rivière Basse

C’est le pouvoir des mots : l’exactitude. À une sonorité, un raccourci textuel, se greffent toutes les ramifications du souvenir, des couleurs et de l’odeur de l’enfance à tous les détails qui composent une vie. André Boudes est attaché aux mots. Pour ce fils du haut-pays, son existence ne tire pas ses racines de la commune de Camprieu, mais de la Rivière Basse, cette portion du Trèvezel qui cavale entre les rochers au fond de vallons tout droit sortis des Carpates. Là le jeune André a grandi, entouré de son frère et de quelques amis, sur les traces d’au moins sept générations. Expédié au pied du haut-pays, au Vigan, pour suivre les cours du lycée, il va connaître l’expatriation. Allez expliquer à quelqu’un qui n’a jamais mis un pied en Cévennes qu’une fois au Vigan, le haut-pays est loin... Quelques dizaines de kilomètres à vol d’oiseau et pourtant, il s’agit d’un autre monde. De la capitale cévenole aux communes les plus escarpées du massif c’est une succession de vallées étranglées, de cols enneigés, de forêts profondes, de routes difficiles... Et puis ce sera Nîmes, pour une longue carrière de fonctionnaire. La retraite sonne et l’enfant de la Rivière Basse se réveille. André devient maire de sa commune, presque naturellement. Il dort, aujourd’hui, dans la chambre même où il est né. Alors sa bonhommie et sa tendresse trouvent logiquement une explication : il est un homme heureux, pour qui l’existence a un sens. Il honore les convictions de tous les siens et sert ce qu’il a de plus cher : son pays.
Jean Teissier, Lanuéjols

Il est et restera un porteur de vocations, agissant comme un révélateur parmi ceux qui ont la chance de le fréquenter. Jean Teissier est d’abord connu pour avoir été le maire emblématique de Lanuéjols, un mandat unique grâce auquel il aura laissé les traces d’un profond bouleversement et d’une réelle dynamique. Ce qui frappe d’abord chez l’homme, c’est son enthousiasme, son contact, chaleureux et vif. Jean a été agriculteur. Finalement, il l’est toujours, nous accueillant le sourire aux lèvres pendant qu’il nourrit ses bêtes. La vie de Jean c’est d’abord les brebis, le lait. Conseiller municipal de toute une vie (il n’a été absent d’aucune municipalité), il n’aura eu de cesse de mettre à profit son bon sens et son intelligence pour Lanuéjols, son lieu de naissance, mais aussi pour sa profession. Instigateur d’une chambre consulaire de soutien aux agriculteurs du grand Pays viganais, il est à l’origine du centre de formation de l’Aigoual, basé à Lanuéjols. «Il y avait déjà une maison familiale à Dourbie, une en cours à Camprieu, il fallait que le projet suivant se fasse à Lanuéjols, dit-il.» C’était il y à 22 ans. Prenant sous son aile Martin Delord, qui le remplacera à la mairie et deviendra conseiller général, les deux hommes tentent de mener leur projet à bien. Jean s’en souvient et le dépeint avec humour : «La région était OK si le CG l’était... Finalement les deux nous ont donné. Nous sommes même allés voir le Commissaire du Massif-Central, à Paris. Là, de même : nous sommes redescendus avec 50 bâtons aussi sec.» Aujourd’hui, avec le recul de l’expérience, il admet volontiers que «la vie publique est passionnante... Mais [qu’elle] se conduit au détriment de la famille.» La fille de Jean, Monique, est maire adjointe à Lanuéjols aux côtés de Martin Delord, tous deux poursuivant l’histoire engagée par cet homme qui reste un modèle pour beaucoup.
Odette Amphoux, Camprieu
Les vies bien remplies ne semblent l’avoir été que d’une succession de détails ou d’anecdotes qui, pris individuellement, ne semblent avoir d’importance que pour ceux qui les ont vécus mais, assemblés en une chaîne de plus de quatre-vingt ans, donnent à une personnalité tout son éclat et son ampleur. C’est de ces «détails», de ces petites choses que la vie d’Odette Amphoux a fait d’elle une des figures du haut-pays. Fille d’un forestier et d’une commerçante, Odette vient au monde grâce à l’aide d’une fille dévouée du village, à laquelle Camprieu doit d’avoir mis au monde toute une génération. Sa jeunesse pendant l’entre-deux-guerres évoque tout ce qui constitue l’essence du haut-pays : le travail, la foi, et une certaine dévotion au grand air dont la vie actuelle ne peut qu’envier la langueur du rythme. Odette tient le commerce de sa grand-mère, elle aide aux champs et garde les vaches tous les jeudis et dimanches. La semaine, elle la passe à l’école du village, à l’époque encore où vingt-cinq élèves composent chaque classe. Sur les bancs, de l’autre côté d’une cloison séparant impitoyablement les garçons des filles, sont assis Fernand Causse et André Bastide, deux autres figures incontournables de Camprieu. Particulièrement dévouée, Odette va devenir malgré elle une mère pour plusieurs générations de fils et filles de la montagne. Plusieurs dévotes, connaissant sans doute sa chaleur et son humanité, vont lui confier la charge d’enseigner le catéchisme aux enfants de Camprieu. Surprise, elle ne pourra pas refuser la demande de monsieur le curé. Ils passent alors tous «chez Odette», les plus croyants comme les autres, où s’ils n’ont pas retenu les évangiles, auront au moins côtoyé un être généreux et profond que l’on ne peut oublier.
Yvette Puech, Saint-Sauveur-des-Pourcils/Avèze

Les uns la diront avézole, les autres la réclameront candrivaine, et cette volonté de la faire leur ne fera que prouver l’attachement qu’il lui portent. Yvette Puech, née Ferrier, est avant tout une fille du hameau le plus reclus et le plus mystérieux de l’Hexagone : Saint-Sauveur-des-Pourcils. Cet espace sauvage, ces forêts pleines de secrets et de bruits inquiétants, de sources qui chantent et de clairières mouvantes, est là où elle a grandi. Née dans la ferme du Plôt, la montagne est restée en elle et ne l’a jamais quittée. Les souvenirs qu’elle transmet sans compter laissent rêveur et, presque, interdit. Yvette a connu l’émancipation du haut-pays, cette époque faste où le territoire le plus isolé de la région est devenu l’un des plus prospères grâce aux mines de Villemagne. «Là-haut, quand nous nous sommes installés à Avèze et que nous allions y passer l’été, c’était pour nous le luxe.» Et pour cause, la commune de Camprieu (Les Monts, Ribauriès, La fargue, Malbosc et d’autres hameaux plus étonnants les uns que les autres) a été la première du Gard a recevoir l’électricité. Le capital, avant de quitter ces montagnes, avait apporté un peu du progrès dont il a besoin pour grossir. Mariée à Avèze à une véritable figure du Pays viganais, Yvette et son jeune époux, Roger, vont être les premiers Cévenols à tenter l’aventure des pêches et des fraises. «Quel travail de bourricots ! dit-elle, ce sont soixante ans qui sont passés comme un claquement de doigts !» Labeur, ténacité et audace auront fini par payer, et Yvette, au pied des montagnes qu’elle regagnait le dimanche et lors de quelques rares congés, a créé avec son mari un superbe domaine agricole à la seule force du poignet.
Fernand Causse, Camprieu/Le Vigan

L’une des plus emblématiques figures du haut-pays est récemment devenue Viganaise, à l’approche d’hivers longs et rigoureux qui finissaient tout de même par mettre à mal ses invincibles quatre-vingt-dix ans. Fernand Causse, l’oeil pétillant, la mémoire aussi inaltérable qu’un mètre-étalon, nous reçoit dans son appartement viganais de faible altitude... Il sourit, pense à ces gens «de la plaine» pour qui le Vigan est la Sibérie et il évoque la rudesse du climat qui sévit «après les cols». La montagne lui manque... Certes, la présence de ses enfants dans la même ville lui est presque imposée par la fatigue de son épouse et par son âge, mais, dès l’été, il ne désespère de pouvoir y retourner. Fernand est un homme de la forêt. Forestier, propriétaire d’une scierie et chef d’équipe pour les Eaux et Forêts, il aura vécu toute sa vie au grand air, en sous bois. Son étonnante vitalité en découlerait-elle ? Plusieurs fois maire-adjoint, après quatre-vingt-dix années passées sur place, il est forcément incontournable. Le fait de le voir «en ville» l’incite à parler de la montagne qui lui manque. «On me dira chauvin, mais là haut, il y a tout de réuni en un même endroit : les forêts, rivières, plateaux... Ce sont nos plus beaux paysages.» Fernand a vu le monde changer, le progrès s’inviter dans les foyers et qui aura lentement pris la place des veillées et des portes toujours ouvertes aux passants. «J’ai passé 68 ans dans la même maison, c’est normal qu’elle me manque.» Tous ceux qui se sont aventurés au-delà du col de la Serreyrède, en terre du Haut Canton, n’auront pas de mal à le comprendre...
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Pays viganais : Un bilan de l’emploi
Il est de coutume d’assimiler le Pays viganais, et en particulier le bassin d’emploi du Vigan, à une zone économique fantôme, abandonnée des entreprises et en proie aux statistiques les plus sinistres. Longtemps considérées comme le fief industriel du Languedoc, les Cévennes d’aujourd’hui affichent le souvenir d’un territoire parmi les plus prospères, les plus riches et les plus dynamiques de l’Hexagone. Ce contraste avec le présent renforce peut-être la vision déclinante du Pays viganais. Mais qu’en est-il de la réalité, des chiffres les plus récents concernant l’emploi et le développement des activités économiques ? Le Pays viganais est-il le spectre de son passé glorieux ou, au contraire, gagne-t-il à être appelé autrement que territoire “lanterne rouge” ? Enquête.
La capitale des Cévennes n'est plus la capitale du chomage.
Pour entrevoir la situation présente du Pays viganais en termes d’emploi, il faut aller à la source, ce qui évite de se heurter aux optimistes conditionnés et aux alarmistes de nature qui peuplent le territoire. Afin de constituer une réserve de renseignements de première importance, il est aussi judicieux de questionner les organismes indépendants nationaux (INSEE) que les acteurs du terrain au jour le jour. Pour les chiffres implacables du chômage, l’INSEE est celui qu’il faut interroger. Et, bien que les statistiques du Pays viganais soient seulement abordables sous le label “Ganges - Le Vigan”, les évaluations de l’institut ont le mérite d’être régulièrement mises à jour. Et ces statistiques nous indiquent qu’au deuxième trimestre 1999, le taux de chômage était à 15,8 %. Au deuxième trimestre 2009, le même taux est passé à 14 %, c’est à dire moins que pour le bassin Alès - La Grand Combe (14,5 %) et Béziers (14,3 %). Première remarque : Le Vigan n’est plus wagon de queue du Languedoc-Roussillon, ou lanterne rouge en terme d’emploi.
S’il s’agit d’une victoire modeste, il s’agit néanmoins d’une victoire, puisque la tendance est enfin renversée en Pays viganais. Jacques Reymondon, directeur du Pôle Développement Local à la CDC explique les raisons de ce changement : « Nous avons pris la crise avant les autres, et nous avons réagi avant ; alors qu’on perd des emplois partout en France, ici on en crée parce que nous avons pensé des mesures plus tôt. » Parmi les mesures dont fait mention ici le directeur, nous retrouvons une incitation concrète à ce que des entreprises s’installent et se développent en Pays viganais. C’est le cas de l’Union Forestière Viganaise qui va créer une dizaine d’emplois en 2010 et dont le partenaire, OMEA, va arriver en Cévennes avec 13 emplois dans l’année qui vient. Les deux entreprises qui s’installeront dans la zone d’activité de Pouchonnet grâce à l’aide de la CDC devraient concevoir un volume annuel de 1 000 maisons à ossature bois assemblées sur place. Une nouvelle activité d’envergure pour le Pays viganais, dont la future maison de la formation (avril 2010) est annoncée comme le pourvoyeur d’employés formés.
Toujours pour permettre à des entreprises de s’installer sur son sol, la CDC doit prochainement acheter des bâtiments pour les louer à l’ArtSoie, une entreprise suménoises textile qui emploiera entre 5 et 10 ouvriers qualifiés. On avance également l’idée qu’un musée du patrimoine textile accompagnera leur activité grâce à une flotte historique de métiers à tisser parfaitement conservés et qui dort patiemment. Cette installation d’entreprise est particulièrement notable puisqu’elle a valeur de symbole, celui du retour d’une activité qui a autrefois fait la grandeur du territoire. On ne dira plus que le textile en Cévennes est mort.
De son côté, le plan de revitalisation (subventions pour la création d’emploi de 4 CDC, du département, de la région et de l’Etat) affiche des chiffres très positifs. Mi novembre le compte en était à 79 emplois créés, ce qui fait du plan de revitalisation le “plan emploi” le plus efficace de l’histoire viganaise. Le dernier plan similaire, il y a quelques années, avait abouti à 7 emplois. Qu’en pense la CGT, syndicat dont l’union locale compte 250 adhérents entre Lanuéjols et Sauve ? Pour Daniel Thiébaut, « on est au creux de la vague mais on remonte. Ça fait des années qu’on prend des gifles mais on a des atouts et une capacité à réagir. » Pour le syndicat, si beaucoup d’efforts ont été faits, beaucoup reste encore à faire pour définitivement renverser la donne statistique du Pays viganais. « Il nous faut une Zone d’Activité Economique sur le Causse, explique Thiébaut, à un quart d’heure de l’A75. » Ce qu’indique la proposition du syndicaliste c’est bel et bien que le Pays viganais reste passablement enclavé. Effectivement, le relief et les distances isolent le bassin viganais. Mais, au final, cette situation semble moins décourager l’activité locale qu’offrir un paysage exceptionnel et un cadre de vie appréciable aux Cévenols de souche ou aux nouveaux arrivants. Une situation démontrée également par la fréquentation touristique, qui baisse ici aussi, mais moins qu’ailleurs (chiffres 2008 de l’office de tourisme).
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